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jeudi 25 mai 2005

samedi 28 mai 2005, par Thierry Boteteme

Un petit garçon de quatre ans, d’une faiblesse extrême, respire à peine, allongé par terre à même le sol.

"Il a refusé de manger les feuilles", explique sa mère, Dit Bol, 30 ans, rencontrée dans un centre de distribution de nourriture à Paliang, un village situé à environ 250km au nord-ouest de Juba.

PALIANG, Soudan (Reuters)

Les femmes nourrissent leurs enfants avec de simples feuilles dans le sud du Soudan, où sévit une crise alimentaire annoncée depuis plusieurs mois par les ONG.

A Paliang, de jeunes femmes écrasent des feuilles arrachées aux arbres et les font bouillir dans des réchauds installés devant leurs cases. Elles jettent le jus de cuisson, teinté de vert, et donnent le reste à leurs enfants, dont c’est le seul repas de la journée.

"Cela va me donner la diarrhée, mais il n’y a rien d’autre (à manger)", soupire Nyankir Malek, 35 ans, en mastiquant ces végétaux au goût amer, dernier recours des populations en cas de crise alimentaire dans cette région.

"Voyez comme nous sommes maigres", dit-elle en jouant avec un bracelet en ivoire. "Nous n’avons que cela à manger depuis janvier."

Un petit garçon de quatre ans, d’une faiblesse extrême, respire à peine, allongé par terre à même le sol.

"Il a refusé de manger les feuilles", explique sa mère, Dit Bol, 30 ans, rencontrée dans un centre de distribution de nourriture à Paliang, un village situé à environ 250km au nord-ouest de Juba (Sud).

"Je ne sais pas ce que je vais faire", ajoute-t-elle, tandis que l’on entend pleurer des enfants affamés venus chercher l’ombre sous un arbre.

Selon d’autres mères, le manque de pluie et les vols de bétail, fréquents, expliquent que la récolte ait été mauvaise dans la région de Bahr el Ghazal, qui connaît sa pire crise alimentaire depuis une famine qui, il y a sept ans, a fait au moins 60.000 morts.

"On observe les pires niveaux de malnutrition depuis 1998", souligne Patrick Murphy, chef du personnel médical d’un hôpital géré par Médecins sans frontières à Marial, une ville voisine. "On craint des morts liées à la malnutrition."

DES DONS BIEN EN-DECA DES BESOINS, SELON LE PAM

Selon le Programme alimentaire mondial des Nations unies, les donateurs n’ont versé qu’une fraction de ce dont le Soudan aurait besoin cette année. Il craint que la famine n’attise les tensions au moment même ou d’anciens rebelles tentent de faire appliquer un accord de paix conclu en janvier, qui a mis fin à 21 ans de conflit avec le gouvernement.

"Certains enfants ressemblent à des vieillards", remarque Des Anindo Maina, assistant médical auprès de MSF, qui pèse des petits décharnés dans le centre de distribution alimentaire.

"La mort n’est qu’à quelques jours de là, pour eux", ajoute-t-elle.

Tout près, plusieurs dizaines de femmes, assises par terre, bercent leurs enfants inertes. Elles ont marché des heures dans la brousse, en vain, à la recherche de nourriture.

La maigre récolte de l’année dernière a accru les rivalités autour des ressources en eau et de la nourriture entre les différents clans de la tribu Dinka, la plus importante dans le sud du pays, et entre les tribus Dinka et Nuer. Cette compétition a perturbé les activités agricoles, et entraîné une multiplication des vols de bétail.

Selon les villageois, ces derniers ont été particulièrement violents cette année, faisant s’éloigner les espoirs d’un retour au calme dans la région, ravagée ces dernières années par des combats entre le Mouvement de libération du peuple soudanais (MPLS) et le gouvernement.

Les ONG craignent que ces violences n’entravent les efforts du MPLS en vue de former un gouvernement autonome dans le sud, comme le prévoit l’accord de paix conclu avec Khartoum, et jugent primordial d’intensifier la distribution d’aide alimentaire pour limiter la crise.

Le Pam a annoncé mardi qu’il n’avait pas reçu assez de fonds pour le sud et l’est du Soudan, alors qu’il a besoin de 302 millions de dollars pour nourrir 3,2 millions de personnes dans ces régions. Jusqu’ici il n’a pu réunir que 78 millions de dollars.

Les ONG et les agences de l’Onu ont également eu, mais dans une moindre mesure, du mal à réunir des fonds pour venir en aide au Darfour, région de l’ouest du Soudan.

Les habitants de Paliang et des autres villages de pisé de la région de Bahr el Ghazal craignent de mourir de faim.

"Il n’y a plus de céréales", insiste Kerubino Majok, 29 ans. "Nos pères et mères vont mourir de faim si on ne reçoit pas de nourriture."

Source : Yahoo/Reuters