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Par le petit trou de la lorgnette (bis) !

lundi 16 mai 2005, par Thierry Boteteme

Pendant deux jours à Monterrey, au nord du Mexique, plusieurs centaines de dirigeants politiques et hommes d’affaires du Canada, des Etats-Unis et du Mexique se sont demandés comment impulser un nouveau souffle à leur traité de libre échange face à la montée en puissance de la Chine, de l’Inde, et à l’élargissement de l’Union Européenne.

Onze ans après la création du traité ALENA, le constat est général : les économies des trois pays ont largement profité du traité, mais aujourd’hui l’ensemble est de moins en moins compétitif face à l’apparition ou l’expansion de nouveaux blocs économiques dans un contexte de libéralisation des échanges.

Chacun est venu avec ses propres craintes, frustrations et espoirs à cette réunion baptisée "Hemisphéria 2005", première réunion trilatérale suivant le sommet de Waco (Texas) de la mi-mars où les présidents des Etats-Unis George Bush, mexicain Vicente Fox et le Premier ministre canadien Paul Martin ont lancé l’Alliance pour la Sécurité et la Prospérité (ASP), comme nouveau volet de l’intégration nord américaine.

Personne n’a remis en cause la volonté des Etats-Unis de mettre la sécurité au centre de l’alliance. Depuis les attentats du 11 septembre, "la sécurité est la priorité numéro un et conditionne le commerce", reconnaissait le Premier ministre du Québec Jean Charrest.

D’accord, a concédé le président mexicain venu saluer les participants. Mais, souvent irrité des critiques américaines sur la façon dont son pays surveille les 3.000 km de frontière commune, il a souligné que "les problèmes de sécurité requièrent la confiance réciproque".

Comme beaucoup d’intervenants mexicains, Vicente Fox voudrait donner un supplément d’âme à l’alliance qui, d’un simple accord de commerce pourrait à terme devenir une "communauté d’Amérique du nord", a-t-il proposé.

"C’est le moment de définir le type de région que nous voulons", a lancé le patron de CEMEX, le deuxième groupe cimentier du monde, Lorenzo Zambrano. "Les problèmes de sécurité doivent aussi mener à repenser la frontière", a-t-il ajouté.

L’homme le plus riche d’Amérique latine, le Mexicain Carlos Slim, a enfoncé le clou en prenant l’exemple de l’UE. "Le traité est incomplet" car d’une part, s’il a pris en compte les flux économiques, il n’a pas pris en compte la libre circulation des travailleurs, et, d’autre part, il n’a pas envisagé, comme dans l’UE avec ses fonds structurels et ses montants compensatoires, de politiques de soutien aux moins développés (le Mexique).

Avec 25 millions de travailleurs d’origine mexicaine aux Etats-Unis, "nous ne pouvons pas penser à créer une Amérique intégrée sans accord migratoire", a ajouté M. Zambrano au moment le président américain faisait adopter la législation "Real ID" qui prévoit notamment l’agrandissement du mur frontalier entre les deux pays.

Intervenants canadiens et américains se sont plus centrés sur les problèmes énergétiques et de compétitivité. Inévitablement le cas de la société nationale mexicaine PEMEX, deuxième fournisseur de pétrole des Etats-Unis, est venue au centre des débats. Tous ont réclamé une réforme structurelle qui permettrait à PEMEX d’augmenter sa production et ses investissements.

Bill Richardson, gouverneur du Nouveau Mexique et ancien secrétaire d’Etat à l’énergie a proposé la création d’un conseil nord-américain de l’énergie pour adopter des mesures grarantissant une plus grande indépendance énergétique à une région de plus en lus dépendante du moyan-orient.

Avec l’ASP, "nous devons mantenir notre rang de première puissance commerciale mondiale", a martelé le secrétaire américain au Commerce, Carlos Guttierez, en appelant chaque pays à augmenter sa propre compétitivité.

Les leaders de la région se retrouveront l’année prochaine au Canada, à Winipeg, à l’invitation du Premier ministre du Manitoba, Gary Doer.

P.-S.

Source : MONTERREY (AFP) 15 Avril 2005