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Flash Back

jeudi 8 septembre 2005, par Thierry Boteteme

A l’époque où le Blog (ai-je besoin de traduire ?) n’existait pas, je postais sur mes pages en HTML et je me permet aujourd’hui de faire un ’Copier/Coller’ de ce texte. Plus simple qu’un long discourt ou d’autres explications phylosophiques.

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Textes de François Housset / Ass. Philos

Relais des Arts

26 avril 1997

Nous "savons" tous ce qu’est l’amour pour l’avoir connu et pour le connaître encore. Or nous aimons une femme, un homme, un enfant, la patrie, une pomme, nos parents, Dieu... Il y a tant d’amours dans l’amour qu’il parait nécessaire de lui donner une définition qui puisse convenir quel que soit son objet.

Au premier abord, l’amour parait être le sentiment que l’on éprouve face à un objet dont on pense que l’on peut tirer un bien : on aime la pomme parce qu’elle apaise la faim et qu’elle a un goût sucré. Il doit en aller de même des personnes : c’est parce qu’il y a quelqu’intérêt à les fréquenter que nous désirons nous trouver en leur présence, et que leur absence nous peine. De là à ne voir dans l’amour qu’un désir égoïste de se satisfaire, il n’y a qu’un pas.

Or, s’il ne s’agissait que de trouver une richesse hors de soi, on n’observerait pas ces étranges phénomènes que sont le désir de fusion, le sacrifice, la peur du plaisir ou la volonté de rendre l’autre heureux.

D’abord il semble nécessaire de donner à l’amour une origine de laquelle tout découlerait. Par exemple l’amour pour la mère : un bébé désirant ingérer quelque substance vitale associerait à sa satisfaction la mère nourricière. Plus tard, il reporterait son affection pour sa mère sur quelque autre être... D’où la justesse de l’expression "passer à la casserole" : il s’agirait encore d’ingérence. D’où aussi la peur d’aimer : l’autre nous désire parce qu’il cherche à satisfaire son appétit -on n’est donc que son objet.

Concrètement, on a d’abord peur de l’autre parce qu’il vient bousculer nos habitudes : une relation amoureuse est un engagement dont on ne sort pas intact. Il s’agit de changer pour vivre au mieux dans une harmonie qui réclame des notes justes. Or la justesse s’acquierre douloureusement, au prix d’un travail tel que certains renoncent : on ne peut aimer à n’importe quel prix -d’où le fait que plusieurs, par peur d’être bousculés, deviennent de vieux garçons ou de vieilles filles, pleins de routine. D’où aussi le fait que certains se perdent dans leur relation amoureuse : on peut aimer jusqu’à la négation de soi-même.

Quel intérêt y a-t-il à aimer ? Peut être y gagne-t-on une ouverture sur le monde qu’on n’aurait pu avoir en restant dans son quant-à-soi.

L’amoureux s’épanouit, s’intéresse, s’affirme à mesure qu’il aime. Dans toute relation forte, il y a une ouverture au monde : on a plus envie (de travailler, d’aller à la campagne, de lire... de vivre !). Par exemple, selon que leur professeur les séduit plus ou moins, les élèves ont plus ou moins envie d’étudier. Il n’auront tout simplement pas envie de l’écouter s’il ne les aime pas et s’il ne sait se faire aimer d’eux. L’amour est magique : il crée l’envie. Il est un catalyseur nécessaire pour tout apprentissage. Si on n’aime pas, on n’apprend pas.

Imaginez vous face à une forêt inconnue, terrifiante : vous êtes perdu. Soudain, quelqu’un vient. Qui vous veut du bien, et qui nomme les arbres : la forêt s’éclaircit, vous êtes retrouvé.

LES PARTENAIRES PARTICULIERS

Sachant que l’autre nous est précieux à mesure qu’il nous veut du bien et qu’il est capable de nous en donner, l’amoureux veut être aimable : il se donne donc pour but de donner à son aimée ce qui peut lui faire du bien. Car il sait que s’il ne veut que la posséder, il risque de perdre son amour même. La relation amoureuse est donc nécessairement réciproque Ce n’est que quand les amants se considèrent comme des partenaires que l’amour dure. Car il doit être mutuel, comme le crédit. D’où l’aspect indéniablement social de l’amour.

L’égoïsme est l’ennemi de l’amour. Faire un geste seulement pour s’en trouver récompensé, c’est presque provoquer sa propre déception. L’égoïsme détruit tout espoir de relation constructive, parce qu’il ne suffit pas d’accaparer pour se satisfaire. Les hommes sont sans coeur s’ils ne comprennent pas cette vérité. Ce qui reste de coeur se trouve glacé dès que l’on ne parle plus que d’intérêts sans affection : dans Le Meilleur des Mondes , on ne s’aime pas. Car on n’aime pas le coeur, qui est, à proprement parler, le centre du sujet.

Notre désir de communier, de trouver une harmonie entre les êtres, permet de supposer que l’amour est une énergie qui unifie le monde, ce qui autorise le mysticisme. Nous serions un : nous ferions partie d’un tout ("Gaia", l’univers, la création divine...) et, dès lors, refuser l’état fusionnel reviendrait à refuser la nature telle qu’elle est, nier la passion qui doit nous transporter.

Mais en même temps, entrer en relation, c’est changer l’autre et se changer soi : pour qu’il y ait harmonie, il doit y avoir partage, dans le respect.

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à ce propos :

"Quand la vue de la beauté terrestre réveille le souvenir de la beauté véritable (...)- et que, négligeant les choses d’ici-bas, elle se fait accuser de folie, l’enthousiasme qui s’élève ainsi est le plus enviable, en lui-même et dans ses causes, pour celui qui le ressent et pour celui auquel il le communique..."

Platon Phèdre 249c

SOCRATE : "il n’y a rien qui soit plus maître de nous-même que l’âme" (...) "c’est donc notre âme que nous recommande de connaître celui qui nous enjoint de nous connaître nous-mêmes (...) donc celui qui connaît quelque partie de son corps connaît ce qui est à lui, mais pas lui-même"

"Dès là, si quelqu’un a été amoureux du corps d’Alcibiade, ce n’était pas d’Alcibiade qu’il était épris, mais d’une chose appartenant à Alcibiade.

"Aussi celui qui aime ton corps, quand ce corps a perdu sa fleur de jeunesse, s’éloigne et te quitte. Mais celui qui aime ton âme ne s’en ira pas, tant qu’elle marchera vers la perfection.

Et bien, moi je suis celui qui ne s’en va pas, mais qui demeure, quand le corps perd sa fleur et quand les autres se sont retirés.

ALCIBIADE : Tu fais bien, Socrate, puisse-tu ne pas me quitter !

SOCRATE : Fais donc effort pour être le plus beau possible"

Platon, Premier Alcibiade , 130-131

"L’amour est une joie qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure"

Spinoza, Éthique III, définition des affects , VI.

"Je voulais l’amour pur : niaiserie ; s’aimer, c’est haïr le même ennemi : j’épouserai donc votre haine"

Sartre Les Mains sales III 11, scène 2.

"Et si je connais, moi, une fleur unique au monde, qui n’existe nulle part sauf dans ma planète, et qu’un petit mouton peut anéantir d’un seul coup, comme ça, un matin, sans se rendre compte de ce qu’il fait ? Ce n’est pas important ça ?

Si quelqu’un aime une fleur qui n’existe qu’à un exemplaire dans les millions et les millions d’étoiles, ça suffit pour qu’il soit heureux quand il les regarde. Il se dit "ma fleur est là, quelque part". Mais si le mouton mange la fleur, c’est pour lui comme si brusquement toutes les étoiles s’éteignaient.

Et ce n’est pas important ça ?"

Saint Exupery Le Petit prince

"Il y a des gens qui n’auraient jamais été amoureux s’ils n’avaient jamais entendu parler de l’amour."

La Rochefoucauld

"On a tort de dire que l’amour est aveugle : la vérité est que l’amour est indifférent à des défauts ou à des faiblesses qu’il voit fort bien, s’il croit trouver dans un être ce qui lui importe plus que tout et qui souvent est indéfinissable."

André Maurois Climats II, 4.

" Que vous dire ? Vous contenez un peu de cette essence mystérieuse qui fait pour moi tout le prix de la vie et faute de laquelle j’ai désiré mourir. Amour ? Amitié ? Qu’importe le mot ? C’est un sentiment tendre et profond, un grand espoir, une immense douceur."

id

"L’amour est aveugle, et sa canne est rose."

Gainsbourg.

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